L’essentiel à retenir : si le Code du travail énumère onze fêtes légales, seul le 1er mai impose une cessation d’activité obligatoire pour l’ensemble des salariés. Cette nuance juridique détermine la rémunération, le repos des dix autres dates dépendant exclusivement des accords d’entreprise ou de branche. Une singularité historique subsiste toutefois en Alsace-Moselle, territoire bénéficiant de deux jours fériés supplémentaires.
Alors que la majorité des salariés imagine naïvement que le calendrier leur accorde un repos automatique, la réalité juridique des jours fériés réserve souvent une amère désillusion quant au maintien du salaire ou à l’obligation de travailler. Cette analyse dissèque les mécanismes du Code du travail pour clarifier la distinction subtile entre fêtes légales et jours chômés, exposant le statut intouchable du 1er mai face aux disparités régionales et aux accords d’entreprise qui dictent la loi. Au-delà du simple calendrier, le lecteur découvrira comment anticiper les aléas de la rémunération majorée, la gestion unilatérale des ponts et l’impact financier de la journée de solidarité sur la fiche de paie.
- Jours fériés légaux : qui sont-ils vraiment ?
- Jour férié chômé ou travaillé : ce que dit la loi
- Rémunération et jours fériés : le point sur la fiche de paie
- Optimiser son calendrier : ponts et journée de solidarité
Jours fériés légaux : qui sont-ils vraiment ?
Les 11 fêtes légales reconnues par le code du travail
En France, la liste des jours fériés est fixée par la loi, précisément l’article L. 3133-1 du Code du travail. Il y a 11 fêtes légales au total.
Ces jours peuvent être d’origine civile, religieuse ou commémorative, offrant un cadre commun sans distinction d’opinion.
Le tableau ci-dessous liste ces 11 jours reconnus sur tout le territoire métropolitain. Leur date est fixe pour certaines, comme Noël, et variable pour d’autres.
| Fête légale | Date |
|---|---|
| Jour de l’An | 1er janvier |
| Lundi de Pâques | Variable |
| Fête du Travail | 1er mai |
| Victoire 1945 | 8 mai |
| Ascension | Variable |
| Lundi de Pentecôte | Variable |
| Fête nationale | 14 juillet |
| Assomption | 15 août |
| Toussaint | 1er novembre |
| Armistice 1918 | 11 novembre |
| Noël | 25 décembre |
Les cas particuliers régionaux : l’exemple de l’alsace-moselle
La liste des 11 jours n’est pas absolue partout. L’Alsace-Moselle (départements 57, 67, 68) bénéficie de jours supplémentaires en raison de son histoire et du droit local.
On cite précisément deux jours : le Vendredi Saint et la Saint-Étienne (le 26 décembre). Ce sont des jours fériés uniquement dans ces départements.
Il existe aussi des jours spécifiques dans les DROM-COM, notamment pour commémorer l’abolition de l’esclavage.
Jour férié chômé ou travaillé : ce que dit la loi
Le 1er mai : la seule exception intouchable
Soyons clairs : le 1er mai constitue l’unique jour férié obligatoirement chômé pour l’ensemble des salariés, sans discussion possible. Il s’agit d’une disposition d’ordre public qu’aucun employeur ne peut ignorer. La Fête du Travail impose le repos, c’est la règle.
Pourtant, la nécessité de service impose des exceptions notables. Certains secteurs où l’activité ne peut être interrompue, comme les hôpitaux, les transports publics ou certaines industries, continuent de tourner.
Sachez que travailler ce jour-là ouvre droit à une compensation financière très spécifique, le doublement du salaire.
Les autres jours fériés : le pouvoir de la négociation collective
Pour les dix autres jours fériés, la loi ne les impose pas comme chômés, contrairement aux idées reçues. C’est là que la situation se complique pour le salarié. Le chômage de ces dates n’a rien d’automatique.
Ce sont les accords d’entreprise ou, à défaut, les conventions de branche qui définissent la liste des jours fériés chômés. Si l’accord reste silencieux sur ce point, le jour est travaillé.
- La loi (exclusivement pour le 1er mai).
- L’accord d’entreprise ou d’établissement.
- La convention collective de branche.
- L’usage ou la décision unilatérale de l’employeur.
Rémunération et jours fériés : le point sur la fiche de paie
Le cas d’un jour férié chômé
Le principe est limpide : un jour férié chômé n’entraîne aucune perte de salaire. C’est le fondement du maintien de la rémunération. Mais attention, une condition s’applique pour les jours fériés autres que le 1er mai.
Le salarié doit justifier d’au moins trois mois d’ancienneté dans l’entreprise ou l’établissement. Préciser que cette condition ne s’applique pas pour le 1er mai. Ce jour-là échappe totalement à cette restriction.
Voici les règles de paiement applicables. La distinction s’opère ainsi :
- Pour le 1er mai : Maintien de salaire sans condition.
- Pour les autres jours fériés : Maintien de salaire si 3 mois d’ancienneté (sauf dispositions conventionnelles plus favorables).
Le cas d’un jour férié travaillé
Le 1er mai occupe une place à part. Travailler ce jour-là donne droit, en plus du salaire normal pour la journée, à une indemnité égale à ce salaire. En clair, c’est une journée payée double.
Pour les autres jours fériés travaillés, la loi ne prévoit aucune majoration de salaire. Le salarié perçoit sa rémunération habituelle. C’est un point qui surprend souvent nombre de travailleurs.
Pourtant, la convention collective ou un accord d’entreprise peut prévoir des contreparties, comme une majoration ou un repos compensateur. Cela impacte le calcul des congés payés dans le BTP et reste à vérifier.
Optimiser son calendrier : ponts et journée de solidarité
Faire le pont : une faveur, pas un droit
Un pont désigne ce jour non travaillé situé stratégiquement entre un jour férié et un repos hebdomadaire. Retenez bien que l’employeur n’a aucune obligation légale de vous l’accorder.
Sa mise en œuvre relève d’une décision unilatérale de l’employeur ou résulte d’un accord collectif d’entreprise. Les heures non travaillées durant ce pont peuvent toutefois faire l’objet d’une récupération.
Voici les modalités strictes de récupération de ces heures :
- Elles sont réalisées dans les 12 mois, avant ou après le pont.
- Elles ne peuvent augmenter la durée du travail de plus d’une heure par jour.
La journée de solidarité, ce jour férié qui n’en est plus un
La journée de solidarité constitue une journée de travail supplémentaire, non rémunérée, destinée à financer l’autonomie des personnes âgées ou handicapées. C’est une contribution nationale qui s’impose à tous les salariés.
Historiquement, elle tombait le Lundi de Pentecôte, mais les règles ont évolué. Aujourd’hui, les modalités sont définies par accord collectif : travail d’un jour férié précédemment chômé (sauf le 1er mai), travail d’un jour de RTT, ou toute autre modalité.
Rappelons que les jours fériés ne sont pas comptés comme des jours ouvrables pour le calcul d’autres congés, comme les jours de congé pour un décès.
La gestion des jours fériés en France dépasse la simple lecture du calendrier, imposant une navigation complexe entre les dispositions strictes du 1er mai et la flexibilité relative des autres dates. Si le Code du travail fixe un cadre légal, la réalité du terrain dépend souvent des accords d’entreprise, transformant parfois le repos espéré en une équation organisationnelle subtile pour les salariés.
FAQ
Quels sont précisément les jours fériés légaux inscrits au calendrier 2025 ?
L’année 2025 respecte la liste immuable des onze fêtes légales dictée par l’article L. 3133-1 du Code du travail. Le calendrier s’ouvre sur le Jour de l’An (mercredi 1er janvier), suivi des célébrations pascales avec le Lundi de Pâques (21 avril). Le mois de mai, véritable gruyère dans l’emploi du temps des entreprises, concentre la Fête du Travail (jeudi 1er mai), la Victoire de 1945 (jeudi 8 mai) et l’Ascension (jeudi 29 mai). Le Lundi de Pentecôte tombe cette année le 9 juin.
La période estivale est marquée par la Fête nationale (lundi 14 juillet) et l’Assomption (vendredi 15 août). La fin d’année voit se succéder la Toussaint (samedi 1er novembre), l’Armistice de 1918 (mardi 11 novembre) et enfin Noël (jeudi 25 décembre). Il convient de rappeler que seul le 1er mai bénéficie d’un statut d’ordre public le rendant obligatoirement chômé et payé, une protection que les autres dates ne possèdent pas automatiquement.
Retour sur la suppression temporaire du 8 mai : une décision politique contestée ?
C’est une cicatrice de l’histoire sociale française que peu ont oubliée. En 1975, le président Valéry Giscard d’Estaing, dans une logique de réconciliation européenne jugée hâtive par certains, décide de supprimer le caractère férié de la commémoration de la Victoire de 1945. Cette décision, vécue comme un véritable coup de poignard dans le dos par les associations d’anciens combattants, visait à transformer la célébration en une journée de l’Europe, gommant ainsi la dimension mémorielle du conflit.
Il aura fallu attendre l’alternance politique et l’arrivée de François Mitterrand pour que cette erreur symbolique soit rectifiée. Par la loi du 23 septembre 1981, le 8 mai a retrouvé sa place légitime parmi les jours fériés chômés, rétablissant ainsi le devoir de mémoire envers ceux qui ont sacrifié leur vie pour la liberté, au-delà des simples considérations diplomatiques.
Le lundi de Pentecôte est-il toujours synonyme de journée de solidarité travaillée ?
Longtemps cristallisée autour du Lundi de Pentecôte, qui tombe le 9 juin en 2025, la journée de solidarité a vu ses règles s’assouplir, créant parfois une certaine confusion. Si ce jour reste une option privilégiée par de nombreuses entreprises pour faire travailler leurs salariés sans rémunération supplémentaire — au nom du financement de l’autonomie des personnes âgées —, il ne constitue plus une obligation calendaire stricte depuis 2008.
Désormais, les modalités sont fixées par accord d’entreprise ou de branche. La journée de solidarité peut ainsi être positionnée sur un autre jour férié précédemment chômé (à l’exception intouchable du 1er mai) ou sur un jour de RTT. C’est une contribution de sept heures de travail « offertes » par le salarié, une spécificité française où le travail gratuit devient un mécanisme de financement social.
Comment s’organisent les ponts et week-ends prolongés pour l’année 2025 ?
L’année 2025 se révèle particulièrement clémente pour les salariés, offrant de multiples opportunités d’optimisation du temps de repos, au grand dam parfois de la continuité économique. Les jeudis sont à l’honneur : le 1er mai, le 8 mai, l’Ascension (29 mai) et Noël (25 décembre) tombent tous ce jour-là, invitant naturellement à la pratique du « pont » le vendredi, sous réserve de l’accord de l’employeur ou de la pose d’un jour de congé.
De plus, le 14 juillet tombant un lundi et le 15 août un vendredi, ces dates garantissent mécaniquement des week-ends prolongés sans nécessité de poser de congés supplémentaires. Seule ombre au tableau pour les travailleurs : la Toussaint, le 1er novembre, tombe un samedi, privant ainsi la majorité des salariés d’un jour de repos supplémentaire.
