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L’essentiel à retenir : alors que l’Espagne a légiféré dès 2023, la France écarte ce droit à l’absence pour règles douloureuses, rejeté par le Sénat en février 2024. Cette mesure, soutenue par 68 % des Françaises, divise sur l’égalité professionnelle, oscillant entre nécessaire prise en compte de la santé et risque de stigmatisation à l’embauche.

Face à la persistance des tabous sur la santé féminine, est-il acceptable que le congé menstruel demeure une exception laborieuse plutôt qu’un droit acquis pour les travailleuses souffrant de dysménorrhées sévères ? Ce dossier examine les disparités flagrantes entre les initiatives pionnières espagnoles ou asiatiques et l’hésitation du législateur français, qui craint toujours un coût excessif pour la sécurité sociale malgré une demande sociale croissante. Vous accéderez ici à une analyse factuelle des alternatives existantes, du télétravail aux accords d’entreprise, pour comprendre comment concilier impératifs économiques et respect de l’intégrité physique au travail.

  1. Qu’est-ce que le congé menstruel et où existe-t-il déjà ?
  2. La France face au défi du congé pour règles douloureuses
  3. Modalités pratiques et alternatives pour les entreprises

Qu’est-ce que le congé menstruel et où existe-t-il déjà ?

Il faut dissiper la confusion entre arrêt maladie classique et ce dispositif spécifique, conçu pour répondre à une réalité biologique sans pénaliser les carrières.

Carte du monde illustrant les pays ayant adopté le congé menstruel et définition du dispositif

Une définition claire pour un sujet souvent tabou

Le congé menstruel permet à une salariée de suspendre son activité lorsque les dysménorrhées sont invalidantes. Ce n’est pas un confort, mais une nécessité biologique pour celles que la douleur empêche de travailler.

Ce mécanisme valide la souffrance réelle causée par des pathologies lourdes comme l’endométriose. Cette affection trouve enfin une reconnaissance médicale officielle, sortant la douleur de l’invisibilité.

La rémunération durant cette absence reste variable selon les législations ou accords locaux. C’est un point de friction économique majeur.

Cette protection rappelle les luttes historiques entourant le congé maternité et droits sociaux, tant les parallèles sont nombreux.

Briser le silence imposé par la culture d’entreprise exige du courage, car le sujet reste explosif.

Le tour du monde des pays pionniers

Le Japon a fait figure de pionnier en légiférant dès 1947, rapidement suivi par d’autres nations asiatiques comme la Corée du Sud.

L’Espagne a brisé le plafond de verre en devenant le premier pays européen à légiférer. Madrid ouvre une brèche politique majeure :

  • Espagne : 3 à 5 jours, certificat requis
  • Japon : droit légal depuis 1947
  • Indonésie : 2 jours par mois

Pourtant, ce droit demeure souvent peu utilisé là où il existe, car la peur du jugement social persiste fortement.

Ces modèles contrastent avec le système français actuel, où la prudence législative domine encore. Nous restons figés en phase d’observation.

Chaque culture appréhende la douleur féminine différemment. C’est un enjeu mondial complexe.

La France face au défi du congé pour règles douloureuses

Après ce tour d’horizon des pratiques mondiales, il est temps de comprendre pourquoi l’Hexagone hésite encore autant à franchir le pas au niveau national.

Entre initiatives privées et blocages législatifs

Des pionniers comme La Collective ou Louis Design ont ouvert la voie dès 2021. Ces structures audacieuses, souvent issues de la tech, brisent le tabou. Elles prouvent que c’est possible.

Pourtant, le Sénat a rejeté la proposition de loi en février 2024. Les élus redoutent un dérapage du coût pour la Sécurité sociale. Cette charge financière effraie les décideurs publics. Le blocage reste donc total.

Cela rappelle les débats complexes autour du congé pathologique, souvent mal compris. L’arrêt médical classique reste la seule option.

Des mairies comme Saint-Ouen ou la Métropole de Lyon tentent l’expérience. L’expérimentation locale devient la norme par défaut.

Le cadre légal reste flou. L’initiative repose sur l’employeur.

Les débats enflammés sur l’égalité professionnelle

La crainte d’une discrimination à l’embauche paralyse les discussions. Certains employeurs pourraient voir les femmes comme moins productives. C’est un risque réel de retour en arrière. Ce débat divise profondément la société.

À l’inverse, respecter la santé renforce la fidélisation des équipes. Une salariée écoutée s’engage davantage dans son travail. Le bien-être devient un levier de performance.

Voici un résumé des tensions actuelles sur le sujet. L’équilibre reste difficile à trouver pour les entreprises.

Argument Pour Contre
Productivité Moins d’absentéisme caché Crainte de désorganisation
Équité Justice biologique Sentiment d’injustice
Santé Repos nécessaire Risque de stigmatisation
Recrutement Marque employeur forte Frein à l’embauche féminine

La suppression des jours de carence constitue une revendication syndicale majeure. C’est une condition sine qua non pour l’équité.

L’égalité exige la nuance. Ignorer la différence est une erreur.

Modalités pratiques et alternatives pour les entreprises

Si vous gérez une boîte, voici comment concrètement intégrer cette dimension sans tout chambouler.

Comment mettre en place ce droit sans certificat médical ?

Baser ce dispositif sur la confiance évite une lourdeur administrative inutile. Exiger un justificatif mensuel sature les cabinets médicaux et peut être vécu comme une intrusion humiliante dans l’intimité des salariées.

La norme observée tourne autour d’un ou deux jours par mois, non reportables. Il ne s’agit pas de jours de repos supplémentaires, et ce dispositif ne se cumule évidemment pas avec les congés payés classiques.

La confidentialité reste le pivot du système : seul le service RH doit avoir accès au motif précis de l’absence.

Si le quota alloué est dépassé, il reste possible de basculer vers un congé sans solde pour couvrir l’absence.

Une communication interne transparente est indispensable pour désamorcer les sentiments d’injustice au sein des équipes.

Le télétravail comme alternative à l’absence totale

Le télétravail flexible constitue souvent un compromis pertinent. Travailler depuis chez soi, dans une position confortable, suffit parfois à soulager les douleurs modérées sans nécessiter un arrêt complet de l’activité.

L’aménagement des horaires joue aussi un rôle majeur. Pouvoir commencer plus tard ou finir plus tôt permet de mieux gérer les pics de douleur, optimisant ainsi l’organisation du travail sans pénaliser la productivité.

  • Télétravail occasionnel
  • Flexibilité des horaires
  • Pauses prolongées
  • Aménagement du poste

Cette flexibilité atteint ses limites pour les métiers de terrain, notamment dans le BTP, où la présence physique est impérative.

Le sur-mesure managérial s’impose donc comme l’approche la plus pragmatique pour concilier santé et opérationnel.

Alors que l’international légifère, la France piétine entre initiatives isolées et peur de la stigmatisation, retardant une avancée sociale majeure. L’adoption de ce repos périodique par les entreprises devance la loi pour garantir enfin la santé des salariées. L’égalité réelle impose de ne plus nier la souffrance physique au travail.

FAQ

Qu’entend-on exactement par congé menstruel et quel est son cadre légal ?

Le congé menstruel constitue un dispositif permettant aux travailleuses souffrant de dysménorrhées, c’est-à-dire de règles douloureuses, de suspendre temporairement leur activité professionnelle. Loin d’être universelle, la nature de cette absence varie considérablement selon les juridictions : elle peut être rémunérée ou non, et sa durée fluctue généralement d’un à plusieurs jours par mois.

Si certains États ont gravé ce droit dans le marbre législatif, d’autres abandonnent cette responsabilité au bon vouloir des employeurs ou des accords locaux. Il s’agit d’une reconnaissance que la douleur menstruelle n’est pas un simple inconfort, mais peut constituer une véritable incapacité temporaire nécessitant du repos.

Quels pays ont déjà franchi le pas de la légalisation du congé menstruel ?

Le Japon fait figure de pionnier historique en ayant inscrit ce droit dans sa législation dès 1947, suivi par d’autres nations asiatiques comme la Corée du Sud en 2001, l’Indonésie ou encore Taïwan. L’Afrique est également représentée par la Zambie qui autorise une journée d’absence mensuelle, surnommée la « fête des mères », sans nécessiter de certificat médical.

Toutefois, l’existence de la loi ne garantit pas son application réelle : au Japon, le poids des pressions sociales et des tabous réduit l’utilisation de ce droit à une portion congrue, estimée à seulement 0,09 % des femmes en 2016. La peur du jugement et la culture d’entreprise freinent considérablement l’accès à ce dispositif pourtant légal.

Où en est la France concernant l’instauration d’un congé pour règles douloureuses ?

À ce jour, le Code du travail français reste muet sur le sujet, le législateur ayant rejeté, notamment via le Sénat en février 2024, les propositions de loi visant à instaurer un arrêt menstruel national. Face à ce vide juridique et aux craintes exprimées quant au coût pour la Sécurité sociale ou aux risques de discrimination à l’embauche, l’initiative repose entièrement sur le terrain.

Des collectivités comme la ville de Saint-Ouen et des entreprises privées telles que La Collective ou Carrefour pallient cette carence en déployant leurs propres dispositifs expérimentaux. Ces initiatives locales se heurtent parfois à des obstacles juridiques, certaines décisions de collectivités ayant été contestées par les préfectures.

En quoi le modèle espagnol se distingue-t-il en Europe ?

L’Espagne a marqué une rupture sur le vieux continent en devenant, en février 2023, le premier pays européen à légaliser le congé menstruel pour les femmes souffrant de règles incapacitantes. Ce dispositif se distingue par une prise en charge intégrale par l’État via la Sécurité sociale, évitant ainsi de peser directement sur les finances de l’employeur.

L’accès à ce droit reste néanmoins conditionné à la validation par un médecin traitant, qui doit attester de la situation d’incapacité temporaire liée, par exemple, à une endométriose. Cette mesure est présentée par le gouvernement espagnol comme une avancée féministe majeure pour briser le silence entourant la santé des femmes.

Quels sont les principaux arguments qui opposent partisans et détracteurs de ce congé ?

Les défenseurs du projet y voient une mesure de bien-être au travail indispensable et une reconnaissance des réalités biologiques, susceptible de réduire l’absentéisme caché. Pour 68 % des Françaises, ce dispositif est perçu favorablement comme une avancée sociale nécessaire.

À l’inverse, les détracteurs redoutent un effet pervers où cette mesure renforcerait la stigmatisation des femmes et les stéréotypes sur leur prétendue fragilité physique. La crainte majeure réside dans le risque de discrimination à l’embauche, les employeurs pouvant hésiter à recruter des candidates susceptibles de s’absenter régulièrement.