L’essentiel à retenir : le congé de solidarité familiale autorise tout salarié à suspendre son activité pour assister un proche souffrant d’une pathologie engageant le pronostic vital. Ce dispositif légal, opposable à l’employeur sans condition d’ancienneté, permet de bénéficier de l’allocation journalière d’accompagnement (AJAP) durant trois mois renouvelables, palliant ainsi l’absence de rémunération tout en sécurisant le retour à l’emploi.
Face à l’imminence du deuil, devoir arbitrer entre la présence au chevet d’un mourant et la préservation de son emploi représente une violence morale que le congé solidarité familiale entend neutraliser. Ce dispositif légal offre une suspension de contrat sécurisée pour accompagner dignement un proche en phase terminale, loin des pressions managériales habituelles ou de la peur du licenciement. L’analyse qui suit dévoile les leviers précis pour activer ce droit opposable, sécuriser l’allocation journalière (AJAP) et contourner les obstacles administratifs qui s’ajoutent trop souvent à la douleur de la perte.
- Définir le congé de solidarité familiale : un droit pour accompagner un proche
- Les modalités du congé : durée, flexibilité et cadre légal
- La mise en place du congé : de la demande à la situation d’urgence
- Statut du salarié et compensation : ce qui change vraiment
Définir le congé de solidarité familiale : un droit pour accompagner un proche

Qu’est-ce que c’est, concrètement ?
Le congé solidarité familiale constitue un droit fondamental permettant au salarié d’exiger la suspension de son contrat de travail. Cette pause professionnelle répond à une urgence humaine absolue : assister un proche dont la situation médicale est critique.
La loi impose une réalité médicale stricte : le proche doit souffrir d’une affection grave et incurable. Le pronostic vital doit être engagé ou la personne se trouve en phase terminale.
Ce n’est pas une faveur accordée par la direction, mais un droit inaliénable inscrit dans la loi.
Qui peut en bénéficier ?
Ce dispositif s’ouvre à tous les salariés sans exception. Que vous soyez en CDI, en CDD ou intérimaire dans le secteur du BTP, le statut contractuel ne constitue jamais un obstacle.
Un détail souvent ignoré change la donne : il n’y a aucune condition d’ancienneté requise pour le demander. Un employé fraîchement embauché possède la légitimité immédiate pour réclamer ce temps d’accompagnement.
Pour quel proche peut-on s’arrêter de travailler ?
Le législateur a prévu un périmètre large, bien au-delà des liens du sang classiques. Ce mécanisme se distingue nettement du congé pour décès, car il vise l’accompagnement du vivant.
Voici les personnes que vous pouvez légalement assister durant cette épreuve :
- Un ascendant (père, mère, grand-parent)
- Un descendant (enfant, petit-enfant)
- Un frère ou une sœur
- Une personne qui partage le même domicile (conjoint, partenaire de Pacs, concubin)
- La personne que vous avez désignée comme votre personne de confiance.
La notion de « personne de confiance » s’avère déterminante. Elle permet d’élargir le dispositif à un ami ou un voisin sans lien de parenté, à condition d’avoir été désigné par écrit. C’est une porte ouverte pour ne laisser personne seul face à la fin.
Les modalités du congé : durée, flexibilité et cadre légal
Quelle est la durée de l’absence ?
La loi encadre strictement la temporalité de ce dispositif pour protéger le salarié. En l’absence d’un accord collectif plus favorable dans votre entreprise, le congé solidarité familiale est accordé pour une durée maximale de trois mois.
Cette période initiale n’est heureusement pas figée si la situation l’exige. Elle est renouvelable une fois, ce qui porte la durée totale à un maximum de six mois sur l’ensemble de la carrière du salarié.
Temps plein, temps partiel ou fractionnement : les options possibles
La première option consiste simplement à prendre le congé en continu. Cela correspond à une suspension totale de l’activité professionnelle pour se consacrer entièrement à l’accompagnement du proche malade.
Il existe une alternative moins radicale : la transformation du congé en une période d’activité à temps partiel. Notez bien que cette modalité spécifique nécessite impérativement l’accord de l’employeur pour être mise en place.
Enfin, il est possible de fractionner le congé. Les périodes d’absence doivent alors durer au moins une journée.
Ce que la loi impose vs ce que votre convention peut améliorer
Il faut distinguer les règles d’ordre public, intangibles, de ce qui relève de la négociation. Si le droit au départ est absolu, d’autres aspects dépendent de la convention d’entreprise ou de branche.
Voici un récapitulatif des marges de manœuvre :
| Dispositions | Ce que prévoit la loi (socle minimal) | Ce que peut prévoir un accord collectif (améliorations possibles) |
|---|---|---|
| Droit au congé | Garanti pour tous les salariés | Ne peut pas être supprimé |
| Durée maximale | 3 mois, renouvelable 1 fois | Une durée supérieure peut être accordée |
| Délai de prévenance | 15 jours | Un délai plus court peut être fixé |
| Modalités (temps partiel/fractionnement) | Accord de l’employeur nécessaire | Peut définir des conditions d’accès plus souples |
Ne vous arrêtez pas au socle légal, vous pourriez passer à côté de droits supplémentaires. Vérifiez toujours votre convention collective ou un éventuel accord d’entreprise qui pourrait vous être plus favorable.
Le Code du travail fixe les limites pour éviter les abus, comme le confirme l’administration. Vous pouvez consulter le cadre légal complet pour valider vos démarches.
La mise en place du congé : de la demande à la situation d’urgence
Savoir que le congé solidarité familiale existe est une chose, mais le faire valoir concrètement en est une autre, surtout quand le temps presse face à l’administration.
La procédure de demande standard
Vous devez informer votre employeur par tout moyen conférant une date certaine pour éviter tout litige ultérieur. L’idéal reste la lettre recommandée avec accusé de réception ou un mail tracé.
La loi impose d’envoyer cette demande au moins 15 jours avant la date de départ envisagée. Il est impératif de joindre un certificat médical du médecin traitant attestant de la gravité de l’état du proche.
Une fois ce formalisme respecté, l’employeur ne peut ni refuser, ni reporter votre départ en congé.
Le cas particulier de l’urgence absolue
Il existe une exception majeure au délai de prévenance habituel : la situation d’urgence absolue. Elle correspond à une dégradation brutale et imprévisible de l’état de santé de la personne aidée.
Cette urgence doit impérativement être constatée par écrit par le médecin pour être valide. Le congé peut alors débuter sans aucun délai, une disposition dont l’interprétation a même animé les débats à l’Assemblée Nationale visant à protéger les aidants.
Le retour dans l’entreprise après le congé
À l’issue de cette période difficile, le salarié doit légalement retrouver son emploi ou un poste similaire. L’entreprise doit aussi garantir une rémunération au moins équivalente à celle perçue avant le départ.
En cas de décès du proche, le retour anticipé est malheureusement fréquent. Vous devez alors réintégrer votre poste dans les 3 jours qui suivent la disparition de la personne assistée.
Notez que cette absence compte pour le calcul de l’ancienneté. Elle ne se déduit jamais de vos congés payés annuels acquis précédemment.
Statut du salarié et compensation : ce qui change vraiment
Secteur privé et fonction publique : des règles quasi identiques
Que l’on soit dans le privé ou le public, le congé solidarité familiale impose les mêmes règles de base concernant la demande et la durée. L’accès au dispositif est universel pour tous les travailleurs.
Toutefois, le fonctionnaire bénéficie d’un avantage notable : cette période compte comme du service effectif. Cela a une incidence directe sur ses droits à la retraite et son avancement, contrairement au secteur privé qui perd cette continuité.
Le congé est-il rémunéré par l’employeur ?
La sanction financière est immédiate : le contrat de travail est suspendu, donc le salaire n’est pas maintenu. L’employeur n’a aucune obligation de verser un centime durant cette absence difficile.
Ce couperet tombe inévitablement, sauf si une convention collective plus généreuse prévoit explicitement un maintien partiel ou total.
L’allocation journalière (AJAP) pour compenser la perte de revenus
Face à ce vide financier, l’Allocation Journalière d’Accompagnement d’une Personne en fin de vie (AJAP) intervient comme un amortisseur social nécessaire. Cette aide spécifique, versée par la Sécurité sociale, tente de compenser la perte sèche de salaire subie.
Le versement reste malheureusement borné dans le temps : il est limité à 21 jours pour un congé à temps plein. Ce délai passe à 42 jours en cas de temps partiel.
Il faut noter que cette allocation ne peut se cumuler avec d’autres revenus de remplacement :
- Indemnités de congés maternité, paternité ou d’adoption.
- Indemnités journalières de maladie ou d’accident du travail.
- Allocation chômage.
Pour l’obtenir, le salarié doit envoyer l’attestation employeur au Cnajap, l’organisme gestionnaire dédié. Ce processus est distinct des aides allouées pour un congé parental d’éducation, qui répondent à d’autres logiques administratives.
Bien que la loi sécurise le retour à l’emploi, elle laisse le salarié assumer seul le coût de cette solidarité, l’employeur n’ayant aucune obligation financière. Ce dernier se repose ainsi sur l’allocation publique, une aide indispensable mais limitée, qui ne compense qu’imparfaitement la perte de salaire subie durant cette épreuve douloureuse.
FAQ
En quoi consiste exactement le congé de solidarité familiale ?
Ce dispositif ne doit pas être perçu comme une faveur octroyée par l’entreprise, mais bien comme un droit fondamental permettant à tout salarié de procéder à la suspension de son contrat de travail. Il a pour vocation exclusive d’offrir la possibilité d’assister un proche souffrant d’une affection grave et incurable, lorsque le pronostic vital est engagé ou que la pathologie atteint une phase terminale. Accessible sans aucune condition d’ancienneté, ce congé souligne la primauté de l’accompagnement humain sur les impératifs économiques lorsque la vie ne tient plus qu’à un fil.
Comment s’applique ce dispositif au sein de la fonction publique ?
Si les conditions d’accès demeurent similaires à celles du secteur privé, le statut de la fonction publique offre une protection spécifique qui mérite d’être soulignée. Pour les fonctionnaires, cette période d’absence est assimilée à du service effectif, ce qui garantit la continuité des droits à l’avancement ainsi qu’à la retraite. C’est une nuance administrative capitale qui évite que l’accompagnement d’un mourant ne pénalise, en plus de la douleur morale, la carrière de l’agent public.
Quelle est la procédure pour suspendre son activité afin d’assister un proche ?
Le formalisme exige que le salarié informe son employeur au moins 15 jours avant la date de départ, par tout moyen conférant une date certaine, en joignant impérativement un certificat médical attestant de la gravité de l’état du proche. Il est important de noter que, face à la détresse des familles, la loi interdit à l’employeur de refuser ou de reporter ce congé si les conditions sont réunies. Par ailleurs, en cas d’urgence absolue attestée par le médecin, cette rigidité procédurale s’efface pour permettre un départ sans délai.